Août 16 2010

Gâtez vos auteurs 2.0 avec Flattr

Le collectif de la Pirate Bay était connu pour ses abordages impitoyables des galions arborant pavillon de Major, le fil des actualités montre que les membres du groupe ont plus d’un type de boulet à leur canon. Flattr est une nouvelle initiative qui s’inscrit dans leur démarche de progression vers une légitimité reconnue.

Flattr est une plateforme en ligne qui propose un concept original de rémunération des auteurs. Le principe est le suivant :

– chaque affilié au programme a la possibilité de rémunérer en argent les autres affiliés pour leurs créations en ligne (texte, images, vidéo, logiciels etc.)

– le pendant de cette possibilité suppose que chaque affilié peut recevoir les contributions des autres, pour ses oeuvres proposées en ligne.

Le principe n’est pas révolutionnaire, il existe déjà des solutions de dons en ligne (ex: Paypal), néanmoins Flattr se distingue par plusieurs originalités :

– une fois enregistré, chaque don est réalisé par le plus banal et insignifiant des actes de la vie numérique : le clic. Chaque clic sur une icône Flattr génère un don pour l’affilié qui l’a mise en ligne (il est possible de cliquer plusieurs fois de suite pour attribuer une rémunération plus importante). La démarche est simple, intuitive et rapide, il ne sera pas nécessaire de renseigner à chaque fois ses coordonnées bancaires.

– les sommes allouées par un affilié sont déterminées de manière originale. Il s’agit de fractions d’un montant mensuel fixe déterminé à l’avance par l’utilisateur.

Par exemple, lorsqu’un utilisateur de Flattr souhaite distribuer 10€ pendant un mois, s’il ne clique qu’une seule fois sur une icône Flattr au cours de cette période, l’auteur de l’oeuvre concernée recevra la somme de 9€ en fin de mois (soit 10€ diminués d’une commission de 10% soit 1€ retenue par la plateforme).

En revanche, si l’utilisateur décide de distribuer le contenu de sa bourse en 100 clics différents, chaque clic allouera 0,09€. Ce mode de fonctionnement renforce le contrôle des utilisateurs sur les sommes qu’ils décident de donner. En effet, la multiplication des clics ne génère pas de flambée de budget, ni de hausse des frais. En somme, Flattr fonctionne comme une bourse à pourboires : on définit un montant mensuel à l’avance et on distribue au fil de sa navigation pour rémunérer les auteurs dont on apprécie les oeuvres, ou ceux pour lesquels on a de la sympathie ou de l’admiration. Du côté du bénéficiaire, le système est basé sur l’adage des petits ruisseaux qui font les grands fleuves : plus on référence de contenus originaux et populaires sur Flattr, plus on agrège de petits revenus (à quand le partenariat officiel Youtube-Flattr ?).

Les battements de coeur de Flattr sont mensuels : à l’inscription, les utilisateurs créditent leur compte d’une somme choisie, ils définissent ensuite le montant de leur bourse Flattr mensuelle (de 2 à 100€) – cette dernière sera automatiquement déduite de la somme globale en fin de chaque nouveau mois civil.

A ce stade les affiliés ont un mois pour distribuer leur clics. A l’issue de cette période, le nombre de clics est comptabilisé, le montant de la bourse mensuelle est divisé par autant et les sommes en question sont transférées sur les comptes des affiliés qui ont bénéficié des clics.

Lorsqu’un affilié n’a pas eu l’occasion de distribuer un seul clic au cours d’un mois, l’intégralité de sa bourse est versé à une oeuvre de charité. Il est naturellement possible de redéfinir à chaque instant le montant mensuel que l’on souhaite allouer à sa bourse Flattr.

La plateforme a ouvert sa version Beta au public depuis le 12 août 2010. Ce modèle de rémunération a été accueilli chaleureusement par certains acteurs du Web, notamment ceux en recherche d’une assiette de rémunération large ou d’une source de rémunération dont l’origine ne remet pas en cause leur indépendance.

L’équipée, somme toute résolument humaniste, devra naviguer entre de nombreux récifs tranchants : problématiques de droit fiscal international, risque liés au blanchiment de fonds, fraude au clic, détournement de compte, hébergement de contenus (Flattr diffuse un billet sur son site pour chaque nouveau contenu enregistré).

Du côté des juristes, le système Flattr mérite d’être observé au cours des prochains mois de son développement. La problématique de paternité des oeuvres originales semble être le talon d’Achille du système. En effet, Flattr permet à n’importe qui de se déclarer auteur d’un contenu en ligne. Compte tenu de la nature changeante du web, de la redondance des contenus, du nombre astronomique d’oeuvres collectives ou de collaboration présentées sur le Web et du large recours aux pseudonymes, ce paramètre risquera de poser de réelles difficultés aux administrateurs de la solution et aux auteurs floués. Même si les conditions d’affiliation du site se veulent dissuasives sur la question des déclarations de paternité abusives, le système reste largement automatisé…

L’initiative Flattr marque également la philosophie du droit d’auteur établissant une dichotomie marquée entre la représentation de l’oeuvre et la rémunération de l’auteur (ses ayants droit).

Sauf à apprécier le théâtre de rue, le public est traditionnellement habitué à rémunérer l’auteur avant de pouvoir percevoir son oeuvre (droit d’entrée au cinéma, achat d’un livre etc.). Flattr donne corps au concept selon lequel on pourrait percevoir et profiter d’une oeuvre indépendamment d’en rémunérer son auteur. Cette rémunération pouvant intervenir avant, après, ne pas intervenir du tout ou bien intervenir même sans que l’utilisateur ait profité d’une oeuvre.

C’est un fait : on peut cliquer sur une icône Flattr sans souhaiter profiter de l’oeuvre à laquelle elle se rapporte. La plateforme donc rend bien possible la rémunération de sympathie de l’auteur par son public. Dans ce cas, il n’est plus question de rémunération d’auteur, mais bien de libéralité, de micro-libéralité.

Il est enfin intéressant de constater que le mode de rémunération de Flattr est particulièrement bien adapté au mode de fonctionnement des blogs, forums et sites communautaires, pour peu que ces derniers soient régulièrement fréquentés (plusieurs plugins ont été développés spécifiquement pour ce genre de structures). Devrait-on y voir une main tendue par la Pirate Bay aux sites éditoriaux non institutionnels dans une période de remise en cause ?

Habituez-vous donc au teintes vertes et oranges de l’icône Flattr, elles feront sûrement reparler d’elles d’ici peu. De notre côté nous mobilisons nos forces de veille pour déterminer la manière orthodoxe de prononcer le mot « Flattr » et sur le phénomène des solutions informatiques au nom consonnophile.

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